jeudi 21 décembre 2017

Christine - chapitre 10

« Quelle journée ! » Jamais en m’inscrivant à Ste-Marie pour y obtenir mon bac je n’aurais imaginé vivre de tels moments. J’étais ce qu’on nomme une petite bourgeoise à la vie bien rangée. Femme de 36 ans, sans histoire, mariée, deux enfants. Ma seule ambition, c’était de passer mon bac et de vouloir mettre tous les atouts de mon côté pour la réussite de ce projet.

C’était tout naturellement donc et parce que mes enfants y étaient scolarisés que je m’étais tournée vers Ste-Marie et l’offre que m’y faisait sa directrice, Sœur Marie-Joseph. Je savais bien lors de mon inscription que la discipline de cette école était stricte mais je pensais innocemment que du haut de mes 36 ans je n’avais rien à craindre ou si peu. En fait je pensais que je n’avais rien à craindre parce que tout simplement une femme adulte comme moi est mûre et posée, tout l’inverse d’une enfant ou d’une adolescente.

Grave erreur que je commettais là en croyant tout cela et surtout en considérant comme acquis un pseudo statut d’intouchable en faisant uniquement référence à mon âge. Pour des écarts de conduite pourtant évitables, j’avais été réprimandée, punie et même fessée. Fort heureusement et contrairement à Magali puis Nicolas, j’avais été fessée en classe durant les cours de vacances à Ste-Marie et de fait en les seules présences des Sœurs, la Préfète de discipline Sœur Marie-Hortense et ma professeure de lettres Sœur Thérèse. C’était là un moindre mal plutôt que d’avoir été fessée en public comme mes deux camarades.

Ensuite aux Galeries, où ma belle-mère avait tenu à m’habiller, j’avais perdu patience face à la vendeuse. Cela s’était soldé par quelques claques bien senties sur mes fesses dans la cabine d’essayage au rideau ouvert. Les quelques clients du rayon qui avaient pu être témoins de cette scène étaient restés si discrets que je ne les avais pas remarqués. Du reste et heureusement pour moi c’était des personnes que je ne connaissais pas, qui ne me connaissaient pas et que je ne reverrai ni ne recroiserai jamais.

Enfin chez ma belle-mère, où celle-ci avait tenu à ce que je passe la soirée et la nuit, j’avais subi ce qu’on pourrait appeler le Service après-vente. Ma belle-mère y avait dressé le bilan de mes actions de la journée écoulée. Forte de cela elle avait agi en conséquence. J’avais reçu une bonne fessée terminée à la règle en réponse à celle que m’avaient infligée les Sœurs. Ma belle-mère m’avait ensuite douchée et, pour marquer le coup suite à mon insolence aux Galeries, elle m’avait punie à l’aide du martinet.

C’était donc toutes ces pensées qui se bousculaient dans ma tête de manière très désordonnée lorsque ma belle-mère m’avait autoritairement mise au lit à 21h. Je pleurais encore mais la fatigue fut la plus forte. Je m’endormis assez rapidement. Le sommeil a cela de bon, on est déconnecté de tout et tout s’oublie et se dilue. J’avais peut-être rêvé cette nuit-là, fait des cauchemars, mais je n’en eus aucun souvenir.


Il était 6h le lendemain matin.

– Christine ! Christine ! Réveillez-vous !

C’était la voix tonitruante de ma belle-mère qui me sortait des songes. Elle tira les rideaux, il faisait déjà jour. Elle vint également tirer le drap léger qui me recouvrait, heureusement j’étais en nuisette. Mais d’une main ma belle-mère me remonta la nuisette.

– Excusez-moi Christine, dit-elle, mais c’est pour votre bien. Avec le petit accident que vous avez eu hier, je veux m’assurer que vous ne vous êtes pas oubliée durant la nuit.

C’était prévenant de sa part mais très intrusif comme idée. À 36 ans je n’avais pas besoin que ma belle-mère me regarde le sexe pour savoir si j’avais fait pipi au lit. Et puis je n’étais pas devenue incontinente comme ça, du jour au lendemain. Le petit oubli de la veille auquel ma belle-mère faisait référence n’était que quelques gouttes lâchées après avoir reçu la fessée. J’avais des circonstances atténuantes, ces quelques gouttes s’étaient transformées en jet parce que ma belle-mère m’y avait forcée.

– Non, non, ça va belle-maman, lui répondis-je.

Ce disant je serrai les cuisses et mettais instinctivement une main en protection devant mon pubis.

– Christine, pas de pudeur entre nous. Laissez-moi voir !

J’ôtai ma main et me levai en même temps.

– Vous voyez bien belle-maman, le drap est sec…

– Christine, trancha ma belle-mère, c’est pour votre bien que je vous demande cela. Si ça devait se reproduire, je vous ferai voir par le médecin. Bon, je peux quand même vous faire confiance. Je ne vais pas vous mettre sur le pot. Courez vite aux toilettes, de ce temps je vous prépare votre petit déjeuner.

Au fond, tout n’était pas mauvais chez ma belle-mère. À sa façon, elle aussi souhaitait mon bien et ma réussite. Certes, elle y mettait un zèle parfois déroutant mais à bien y réfléchir, ses maladresses provenaient d’une réelle sincérité. Je ne voulais donc pas la vexer en niant ou dénigrant systématiquement ce qu’elle entreprenait pour moi. Depuis la veille je l’avais froissée à quelques occasions et je ne voulais pas que cela pût se reproduire à nouveau.

Ce matin ma belle-mère semblait de bonne humeur et je devais tout faire pour maintenir cela. Après l’étape obligée aux toilettes je la rejoignais à la cuisine. Une bonne odeur de café fumant y remplissait l’atmosphère. Je m’apprêtais donc à m’en servir une tasse lorsque ma belle-mère me stoppa net dans cet élan.

– Christine, non ! Pas de café pour vous. Je vous ai préparé un bon petit déjeuner équilibré, tout ce qu’il faut d’énergie à une écolière modèle.

Elle me montrait un bol de lait où flottaient des céréales, un grand verre de jus d’orange et de belles biscottes beurrées recouvertes de confiture.

– Mais belle-maman, le matin je ne peux rien avaler de solide ! Je prends juste un café et ce n’est que vers 10h que je m’accorde une barre de céréales chocolatée.

– Christine, enchaîna ma belle-mère, vous allez me faire le plaisir de faire un petit effort ce matin. Allons, allons, vous verrez, vous me remercierez.

Son discours bienveillant ne souffrait d’aucune contestation. Il aurait même pu me toucher et m’émouvoir si je n’avais pas eu 36 ans. Mais pour faire bonne mesure je décidai de prendre sur moi et d’obtempérer. Après tout, ma belle-mère ne pouvait pas savoir que boire du lait le matin m’écoeurait, et plus encore avec du jus d’orange. Seules les biscottes avaient quelque grâce à mon appétit matinal.

Si l’occasion devait un jour se représenter, je me promis de négocier un yaourt à la place du bol de lait et un fruit à la place de ce jus d’orange. Mais aujourd’hui le bol de lait et le jus d’orange étaient bien réels sur la table devant moi. Je me résolus à me faire violence et prendre ce petit déjeuner tel que l’avait prévu ma belle-mère. Pour caler, ça calait bien ; je sortis de table avec un poids sur l’estomac, chose peu habituelle pour moi le matin.

– Ne tardez pas Christine, dit ma belle-mère. Allez vite faire une petite toilette. Là aussi je vous fais confiance, vous êtes grande pour ça.

– Oui je sais, belle-maman, lui répondis-je sèchement. Je sais encore comment me laver…

Du temps que ma belle-mère levait la table et rangeait la cuisine, je partis faire ma toilette dans la salle de bain. Elle m’y rejoignit quelques minutes plus tard. Heureusement j’avais terminé le plus gros et c’est avec une serviette nouée au-dessus de mes seins que je la vis entrer sans même prendre la précaution de frapper ou de s’annoncer.

– Christine, pas de maquillage aujourd’hui. Vous verrez comme votre peau s’en ressentira, une sorte de jeûne ne lui fera pas de mal. Et puis, à l’école vous n’avez pas besoin d’être maquillée. Et ça vous entraînera pour la vraie rentrée.

J’allais lui répondre que pour protéger ma peau il valait peut-être mieux y passer des produits de beauté qui étaient avant tout des produits protecteurs spécialement conçus à cet effet. Mais je pris le parti de ne rien dire pensant que l’intelligence du consentement me permettrait de contourner l’écueil que constituait la farouche volonté de ma belle-mère à me faire « jeûner » la peau du visage. Ma tranquillité valait bien cette concession.

Je ne voulais pas déclencher de longs et interminables palabres sur la conception exacte que ma belle-mère se faisait du maquillage. Je n’avais pas le même point de vue qu’elle. Visiblement elle mélangeait allègrement soins du visage à l’aide de produits neutres et mise en valeur des traits à l’aide de fard, poudre et autres fonds de teint ou rouges à lèvres.

– Asseyez-vous Christine, m’ordonna-t-elle. Je vais vous coiffer.

Cela partait d’un bon sentiment pour ma belle-mère que de vouloir me coiffer. « Pourvu qu’elle ne me fasse pas ces affreuses couettes comme hier » pensai-je instantanément. Là aussi je pris sur moi de me mordre la langue et de ne point répondre. J’étais assez grande pour m’ôter les deux élastiques le cas échéant et me rassembler ensuite les cheveux. Heureusement ma belle-mère, après m’avoir brossée, me fit une queue de cheval bien haute qu’elle fit tenir par une barrette.

– Venez Christine, il faut vous habiller maintenant !

Je suivis ma belle-mère jusque dans la chambre d’amis qu’elle avait mise à ma disposition pour la nuit. Autant avouer tout de suite que je craignais le pire. Après les achats de la veille aux Galeries je pensais qu’elle trouverait opportun de me faire porter dès aujourd’hui l’uniforme de Ste-Marie, je me trompais. Ma belle-mère suivait les recommandations de l’école pour la période des cours de vacances. Elle ne voulait pas me forcer à mettre dès le deuxième jour la tenue de rigueur d’ordinaire.

J’aperçus sur mon lit ma jupe saharienne et ma chemise safari. Ma belle-mère avait profité de mon temps de toilette à la salle de bain pour me préparer ma garde-robe de la journée. Mieux encore, elle avait fait une machine la veille au soir après m’avoir mise au lit. Mes vêtements étaient donc propres et frais. Je ne pouvais que l’en remercier.

Seule entorse et différence par rapport à ma parure de la veille, mes dessous. Ma belle-mère avait jugé inopportunes ces dentelles fantaisies qui ornaient ma culotte et mon soutien-gorge. En lieu et place de cette lingerie jugée subversive, elle m’avait prêté un ensemble blanc avec culotte taille haute « Sloggi ». Au moins il ne s’agissait pas de ces dessous en coton, j’avais bien le temps de les porter à la vraie rentrée.

– Je vous fais confiance Christine, dit ma belle-mère. Vous saurez vous habiller toute seule.

Enfin depuis la veille elle me reconnaissait un semblant d’autonomie. Avec la toilette à la salle de bain c’était la deuxième fois ce matin qu’elle ne m’assistait pas dans une tâche pratique. J’agrafais mon soutien-gorge et remarquais qu’avec ma belle-mère nous avions sensiblement la même poitrine tellement la parure m’allait ; idem pour la culotte, nous faisons la même taille.

En me regardant dans le miroir pour m’ajuster je me rendis compte combien ces sous-vêtements étaient pratiques et confortables à porter. Mais horreur, je découvris en même temps l’état de mes cuisses. De larges marques rosées et de plus fines en zébraient la peau du bas de mes fesses jusqu’à mes genoux. C’était là les marques des deux fessées reçues la veille.

La règle plate avait laissé des traces larges concentrées plutôt sur le haut de mes cuisses. C’était presque diffus et un regard peu expérimenté aurait pu les confondre avec les marques de contact que laisse un siège lorsqu’on y reste trop assise. Mais les autres sillons rosés ne trompaient pas. Ils étaient beaucoup plus persistants et leur origine ne faisait aucun doute. Tout le monde pouvait comprendre que c’était là les empreintes déposées par les lanières d’un martinet. Même en la tirant bien, jamais ma jupe ne couvrirait mes cuisses aussi bas.

Je repensais aux propos de ma belle-mère la veille au soir. C’était juste avant qu’elle ne me châtiât pour la seconde fois. Elle disait vouloir marquer le coup. En fait, elle m’avait bien marquée, cuisses et arrière des genoux à l’aide du martinet. Elle savait ce qu’elle faisait en descendant aussi bas, elle se doutait bien des suites que la morsure des lanières allaient laisser sur ma peau ; surtout en été lorsqu’on ne porte ni bas ni collants.

J’avais bien une parade en tête, mettre une couche de fond de teint qui diluerait ces traces d’inflammation. J’avais beau chercher dans mes affaires, pas moyen de mettre la main sur ma trousse de beauté. Ma belle-mère fit irruption dans la chambre.

– Alors Christine, qu’est-ce que vous êtes longue… Nous allons nous mettre en retard.

– Mais belle-maman, répondis-je, je cherche ma trousse de beauté. Regardez l’état de mes cuisses, je ne peux pas sortir comme ça. Je vais y passer une rapide couche de fond de teint…

– Christine ! m’interrompit ma belle-mère, nous ne sommes ni au cirque ni au cinéma. On ne se maquille pas pour si peu, surtout les cuisses… Et puis, qui voulez-vous que ça intéresse, ces marques ? À Ste-Marie les Sœurs n’en ont rien à faire de tout ça.

Je me sentais perdue, presque comme si mes cuisses avaient été violées et qu’en plus il me fallait les exposer. J’eus une montée subite de larmes. Mais il nous fallait partir et je dus me reprendre rapidement. Le temps de vérifier si toutes mes affaires étaient dans le cartable et je sautais dans la voiture de ma belle-mère, direction Ste-Marie.

Ma belle-mère tenait absolument à m’accompagner jusqu’à la porte de l’établissement. Dans un sens, ce n’était pas une si mauvaise idée car elle pourrait me servir de rempart si nous croisions du monde. Les rues alentour étaient certes désertes mais quelqu’un pouvait surgir de nulle part. Il me suffirait le cas échéant d’accélérer le pas et de me placer légèrement devant ma belle-mère tout en tenant négligemment mon cartable dans le dos, ainsi on ne pourrait remarquer l’état de mes cuisses. J’avais quand même une dignité à préserver.

Tout comme la veille, je rencontrai Magali mais ce matin nos situations respectives étaient inversées. C’était elle qui était seule et moi qui étais accompagnée. Elle fumait et dès qu’elle m’aperçut, elle écrasa sa cigarette. À la réflexion, c’est plutôt dès qu’elle vit ma belle-mère qu’elle se débarrassa précipitamment de son mégot. Nous nous saluâmes et nous fîmes la bise. Ma belle-mère, qui l’avait croisée chez le docteur Wagner, la reconnut et elles se saluèrent.

Magali était toujours aussi nature et spontanée. Immanquablement elle vit mes cuisses et mit aussitôt les pieds dans le plat, se gardant bien de toute discrétion.

– Oh ! Tu as vu tes cuisses ! C’est pire qu’hier !

– Et oui ma petite, lui répondit ma belle-mère. Voilà ce qui arrive aux vilaines filles insolentes et capricieuses. Vous semblez être bien camarades toutes les deux, Christine te racontera… ça la fera réfléchir.

Je ne savais plus où me mettre. Si jusque-là je représentais une femme mûre, mariée et mère de famille aux yeux de Magali, un peu comme une référence ; d’un coup d’un seul j’étais dévalorisée par ma belle-mère. J’avais pu m’esquiver la veille en répondant à ma camarade, constatant des traces sur mes cuisses, que les Sœurs avaient souhaité plus marquer le coup que me punir. Mais là, ma belle-mère venait d’anéantir la superbe que je pouvais encore représenter. Magali n’était pas dupe, mais de là à tout lui déballer… d’autant qu’elle ne me questionnait même pas, elle faisait juste une remarque.

– Allez les filles ! dit ma belle-mère. Je vous souhaite une bonne matinée à toutes les deux, soyez sages. Christine, j’espère ne pas avoir à vous récupérer à la sortie aujourd’hui. Je peux vous faire confiance…

– Oui, lui répondis-je, ne vous faites pas d’inquiétude pour moi.

Durant les quelques pas qui nous séparaient de l’entrée de Ste-Marie, Magali me questionna, intriguée qu’elle était par la situation dont elle venait d’être témoin.

– Je ne comprends pas ? me demanda-t-elle. Ta maman te tutoie et toi tu la vouvoies…

J’étais bien embarrassée de lui répondre alors que la vérité ne souffrait d’aucun mystère ni d’aucune honte. Magali m’avait vue pour la première fois accompagnée lors de la visite médicale chez la doctoresse, elle pensait tout simplement qu’il s’agissait de ma mère.

– En fait ce n’est pas ma maman, lui répondis-je, c’est ma belle-mère.

– Ta belle-mère ? La nouvelle femme de ton père ?

– Non, ajoutai-je, ma belle-mère, la mère de mon mari.

– Oui… bon, mais c’est pareil, continua Magali. Tu te laisses commander par cette femme, Elle n’a aucune légitimité sur toi.

– Magali, n’en rajoute pas s’il te plaît… C’est déjà assez compliqué comme ça… Tu sais bien qu’ici il nous faut un adulte référent… Et comme mon mari est en vacances avec les enfants, c’est elle qui prend le relais…

– Ah, je vois ! dit soudain Magali. Je comprends mieux… pour tes cuisses aussi… Tu t’es laissée faire ? Et à la visite aussi, elle t’a vue quand la doctoresse a regardé dans ta culotte… En fait elle te surveille comme une daronne à la place de ton mari…

– Magali, s’il te plaît…

Heureusement nous arrivions devant la porte de la loge de la Sœur portière, ce qui mit fin à notre échange qui prenait pour moi une tournure bien désagréable. Magali venait de saisir la teneur des rapports qui nous unissaient ma belle-mère et moi. J’étais loin d’en être fière du fait de mon âge et ne souhaitais pas en faire plus étalage.

– Bonjour ma Sœur.

– Bonjour mesdemoiselles, nous répondit la Sœur portière. Donnez-moi vos cartes de correspondance, que je les vérifie. Et n’oubliez pas de laisser dans vos casiers les affaires que vous récupèrerez en sortant, téléphone, bijoux…

Prudente, ce matin-là, je n’avais pas commis une deuxième fois l’erreur de la veille au sujet de mon port de bijoux. Je les avais glissés dans un petit sac que je m’apprêtais à confier aux bons soins de la Sœur portière, idem pour mes trousses de beauté et toilette.

Je ne portais qu’une barrette tenant mes cheveux en queue de cheval, mon alliance et une croix autour du cou. Pour l’alliance, les Sœurs ne pourraient rien me reprocher. C’est en effet devant Dieu, après être passée par la République, que j’avais scellé l’union avec mon mari ; l’alliance que je portais à l’annulaire de ma main gauche en était le témoin hautement symbolique. De même, pour la petite croix que je portais suspendue à une chaîne autour du cou, il s’agissait là certes d’un signe ostentatoire, mais forcément admis à Ste-Marie.

La Sœur portière avait l’œil sur tout. En même temps qu’elle prenait connaissance de nos cartes de correspondance respectives, elle nous observait, Magali et moi,  mettre le l’ordre dans nos affaires et les ranger dans nos casiers.

– Hep là ! Jeune fille, s’il vous plaît ! dit la Sœur portière en s’adressant à Magali. Je peux voir ce que vous venez de mettre dans votre casier…

– Ce sont mes affaires personnelles, ma Sœur, répondit Magali. Mon téléphone, mon sac…

– Mais encore ? l’interrompit la Sœur portière.

– Rien d’autre, ma Sœur, continua Magali qui se sentit moins à l’aise. Ah oui ! un paquet de cigarettes aussi. Mais…

– Mais c’est très bien, jeune fille, coupa la Sœur portière, de les ranger dans votre casier. Cependant, ce qui n’est pas admis c’est de négliger votre hygiène. Chaque fois que vous ouvrez la bouche pour parler, vous parfumez cette pièce d’une odeur de tabac malodorante…

– Mais, osa Magali.

– Il n’y a pas de mais jeune fille, trancha la Sœur portière. À Ste-Marie une élève doit se présenter propre, à l’extérieur comme à l’intérieur… et la bouche fait partie de l’intérieur.

– Excusez-moi, répondit Magali. Je ne le ferai plus…

– Excusez-moi qui ? demanda la Sœur portière.

– Excusez-moi ma Sœur, enchaîna timidement Magali.

– On peut dire que vous les accumulez de bon matin… Vous fumez avant d’arriver à l’école et vous nous faites profiter de votre haleine que vous répandez en ouvrant la bouche…De surcroît, vous vous croyez intelligente pensant masquer vos effluves à l’aide d’un chewing-gum… Or, les chewing-gums sont formellement interdits à Ste-Marie… Et en plus, vous ouvrez la bouche pour manquer de courtoisie.

Prise en défaut, Magali essayait de se justifier bien maladroitement. Au lieu de simplement s’excuser, elle tentait de se trouver des circonstances atténuantes et elle ne se rendait pas compte que plus elle en rajoutait, plus elle s’enfonçait.

– Cela suffit maintenant ! coupa la Sœur portière. Je n’aime pas du tout votre attitude. Nous ne sommes pas ici en cours d’éloquence. Je ferai valider par Sœur Marie-Hortense des heures de retenue samedi prochain pour vous. Au moins, le temps que vous passerez ici, vous ne le passerez pas à fumer. En attendant, vous m’avez manqué de respect… relevez votre jupe !

Magali, un peu surprise et décontenancée, s’exécuta néanmoins sans sourciller. Elle ne voulait pas heurter plus encore la Sœur portière. Elle releva sa jupe dont elle roula les bords pour la faire tenir. Comme la veille, elle portait une culotte en nylon mais rose. Personnellement pour des dessous je n’ai jamais apprécié le nylon car j’ai toujours trouvé que c’est un textile qui ne respire pas, mais Magali, ou peut-être sa maman, pensaient sans doute le contraire. L’abondante toison brune de Magali se devinait à travers ce tissu synthétique. Cela donnait à ma camarade un aspect de poupée entre deux âges, le sombre de sa pilosité contrastant au travers du nylon rose.

La Sœur portière la laissa dans cette position et dans son jus, ne dévoilant pas immédiatement ses intentions.

– Et vous ? Ma grande, dit la Sœur portière en se tournant vers moi.

Prise de court, je rougis instantanément.

– Oui ? Ma Sœur, balbutiai-je.

Je n’avais, à ma connaissance, rien commis de répréhensible ; pas de cigarettes ou d’odeur persistante de tabac, pas de chewing-gum… Que pouvait bien me vouloir la Sœur portière ? En fait je compris très vite qu’elle ne me questionnait pas, elle souhaitait simplement argumenter sur ce qu’elle venait de découvrir en lisant ma carte de correspondance.

– Jeune fille, je viens d’apprendre qu’il nous faut surveiller votre santé. Votre tutrice nous informe que vous avez eu des soucis d’incontinence.

Alors là, je m’attendais à tout sauf à ça. Ma belle-mère, à distance, agissait encore. Elle avait profité de mon temps passé à la salle de bain pour y faire ma toilette pour subtiliser ma carte de correspondance dans mon cartable et y noter ce qui, à mes yeux, n’étaient que des broutilles sans importance ni gravité. Il est vrai que la veille, après avoir été fessée par ma belle-mère et avoir passé de trop longues minutes au coin, ma vessie s’était un peu oubliée. Mais de là à en faire toute une histoire…

Je me voyais mal expliquer cela à la Sœur portière et surtout en présence de Magali. Cela aurait été avouer publiquement comment ma belle-mère m’avait traitée, ce qui ne regardait personne, ni à Ste-Marie, ni ailleurs. Autant donc avouer ce petit pépin urinaire mais ne surtout pas en expliquer les véritables circonstances, plutôt laisser croire à une faiblesse organique passagère ; après tout, nous autres les femmes, y sommes parfois sujettes.

– Oui, ma Sœur, hasardai-je. C’est sans doute lié au stress de ma journée d’hier.

– C’est certainement sans gravité, je vous l’accorde, me répondit la Sœur portière, mais votre tutrice demande que nous y portions toute notre attention.

« Qu’est-ce que pouvait bien échafauder la Sœur portière ? ». Tout de même, à 36 ans, je n’étais plus une gamine. Je savais encore me retenir et contrôler ma vessie.

– Jeune fille, me dit-elle, durant les cours de vacances personne n’assure la permanence à l’infirmerie. C’est donc ici, dans ma loge, que vous viendrez aux récréations afin que je vous contrôle moi-même.

En fait de contrôle, la Sœur portière voulait s’assurer que ma vessie ne présentait aucune fuite et surtout souhaitait prendre les devants.

– Relevez votre jupe s’il vous plaît !

Je crus un instant qu’elle voulait me punir tout comme ma camarade Magali qui était dans la même posture juste à côté. Mais je compris rapidement que ce qu’elle me réservait était d’une toute autre nature qu’une fessée.

Sans le moindre mot d’avertissement la Sœur portière me glissa son index droit dans l’échancrure gauche de ma culotte et en balaya la fente de mon sexe à la recherche d’éventuelles traces d’humidité. Je trouvai le procédé pour le moins cavalier et poussai un soupir de stupeur tant cette intrusion dans mon intimité était désagréable.

– Toussez, je vous prie, jeune fille, ordonna la Sœur portière.

Elle maintint son index, attendit que j’eusse toussé puis le ressortit. C’est là que je m’aperçus que Magali assistait incrédule à cette scène surréaliste et me regardait telle une petite fille dont on inspecte l’intérieur de son lange.

– Bien, c’est sec, ça va, dit la Sœur portière. J’imagine que votre tutrice vous a fait faire pipi avant de partir. Vous reviendrez donc me voir à la récréation de 10h, et n’hésitez pas à demander à vos professeures en cours si vous avez envie.

– Oui ma Sœur, merci, lui répondis-je.

La Sœur portière se tourna vers Magali qui se tenait toujours debout avec sa jupe relevée sur sa culotte. C’est volontairement que la religieuse en charge des entrées et sorties à Ste-Marie avait laissé mariner ma camarade de classe. Elle avait rapidement évalué son caractère un peu désinvolte et souhaitait la faire réfléchir sur le sort qu’elle allait lui réserver.

– À vous maintenant, jeune fille… J’ai failli vous oublier… Approchez s’il vous plaît !

La Sœur portière, d’un geste, saisit la culotte de Magali par l’élastique et la lui baissa jusqu’aux genoux. Pratiquement dans le même mouvement, elle la bascula sous son bras gauche et aussitôt sa main droite s’abattit sur les fesses de ma camarade.

– Voilà ce que je fais aux jeunes filles qui s’égarent du bon chemin ! dit la Sœur portière.

La fessée fut brève mais intense. Je compris ce jour-là qu’à Ste-Marie les sanctions pouvaient parfois être d’une rare simplicité. Il n’était alors pas dans le dessein des religieuses de punir exagérément mais de corriger de manière juste.

Magali accusa le coup mais resta digne. Je vis des larmes perler aux coins de ses yeux, toutefois elle put retenir ses sanglots. Spontanément je l’aidai à remonter sa culotte comme je l’aurais fait pour ma fille et je l’embrassai sur les deux joues. Je sentis à ce moment-là combien cette jeune fille était à bout, d’autant que dès le matin alors qu’elle ne s’attendait pas à pareille mésaventure.

Je l’entendis me glisser à l’oreille comme une plainte : « Je l’ai pas fait exprès… Je sais plus comment faire… Et je me prends encore une fessée… »

La Sœur portière mit un terme à ces atermoiements.

– Allons mes grandes, filez !

C’est en gagnant la cour avec Magali que j’appris combien elle démarrait mal sa journée et surtout pas de la manière dont elle l’avait escomptée. Depuis la veille qu’elle avait vu Nicolas pour la première fois, elle s’était mise en tête de lui plaire voire de le séduire.

Avec la fessée qu’elle venait de recevoir par la Sœur portière, sitôt entrée à Ste-Marie, on ne peut pas affirmer qu’elle mettait tous les atouts de son côté.


Quant à moi, je m’interrogeais sur le sort qu’allait me réserver cette même Sœur portière à la prochaine récréation, convoquée que j’y étais pour mes prétendus problèmes urinaires.


Pour suivre le fil de ce récit

Lire ou relire le premier épisode : introduction
et l'épisode précédent : chapitre 9
La suite, c'est le chapitre 11

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