mardi 2 janvier 2018

Axel, élève à St Marie - chapitre 23

Un épisode supplémentaire pour fêter cette nouvelle année. N'en prenez pas l'habitude, cela ne continuera pas. JLG.

« Bonjour Sœur Marie Madeleine.
– Bonjour Axel, que voulez-vous ?
– Sœur Thérèse demande que Sœur Marie Joseph me fasse un carnet de correspondance.
– Un carnet de correspondance ! Se pourrait-il, mon garçon que vous ayez été puni ? »
Je rougis et je baissais les yeux.
« Oui, ma Sœur.
– Sœur Thérèse a raison. Vous avez donc besoin d’un carnet à votre nom. Je vais voir si Sœur Marie Joseph est disponible. »

Elle se rendit dans le bureau contigu ou elle pénétra après avoir fermé la porte derrière elle. Elle revint quelques instants plus tard.
« Patientez donc là. Sœur Marie Joseph va s’occuper de vous dans un instant. »
L’expression utilisée était ambiguë. De quelle façon voulait-elle s’occuper de moi ? Je n’avais aucune envie d’accaparer son temps, surtout que j’en craignais la méthode. Sœur Marie Joseph n’était pas connue pour son indulgence. Je m’assis sur le banc où prenaient place les punis attendant leur comparution devant la directrice.
L’attente ne fut pas bien longue. La porte s’ouvrit et Sœur Marie Joseph apparut.
« Axel, dans mon bureau ! »
Elle se fit remettre un carnet de correspondance que Sœur Marie Madeleine avait préparé. Elle contourna alors son bureau et prit place dans son fauteuil. Je n’avais pas été invité à m’asseoir. Je restais donc debout, face à elle.
« Voyons, Axel, que s’est-il passé ?
– Sœur Thérèse m’a … m’a puni.
– Oui, il semble bien. Et comment Sœur Thérèse vous a-t-elle puni ?
– Elle m’a … enfin elle a …
- Je n’ai pas toute la matinée à vous consacrer, mon garçon ! Quelle punition avez-vous reçue ? »
Je voyais monter son irritation. Il était temps de mettre de côté ma fierté déjà bien écornée.
«  La fessée, ma Sœur.
– Je suppose que pour ce faire, elle vous a déculotté.
– Oui, ma Sœur.
– Cela s’est passé devant toute la classe ?
– Oui, ma Sœur.
– Bon, je reconnais bien là la conscience professionnelle de Sœur Thérèse. Elle va toujours au bout de ce qu’elle a décidé. Vous devriez être content d’en avoir bénéficié. »
Je m’abstins de commentaire. Etre content n’était pas mon sentiment dominant.
«  Je dois avouer, continua Sœur Marie Joseph, que j’ai été optimiste. Je vous avais donné deux ou trois jours avant de recevoir votre première fessée publique. Certaines Sœurs qui avaient jugé que vous ne tiendriez pas une journée, ne se sont pas trompées. »
J’étais stupéfait par cette révélation. Chacun savait que j’allais être fessé. La seule question qui comptait était « quand ? ». Je relevais la tête. Je ressentais l’injustice de la situation, ce qui me redonnait un peu de combativité.
« Mais, protestais-je, vous n’avez pas le droit.
– Que voulez-vous dire ?
– Vous ne pouvez pas … euh, fesser que vos élève et je n’en suis pas un.
– C’est exact, vous n’en êtes pas un. Cependant, vous nous avez donné l’autorisation de recourir à un tel châtiment.
– Moi ? Pas du tout, je n’ai jamais fait cela ! »
Sœur Marie Joseph me fixa des yeux un bon moment sans bouger. Puis, elle sortit un dossier d’un des tiroirs de son bureau dans lequel elle sélectionna une feuille de papier.
«  Voyons voir »
Elle chaussa ses lunettes et elle se mit à lire un document dont je reconnus tout de suite la teneur :
« Je soussigné Axel Fournier, chercheur en sciences de l’éducation, m’engage, durant tout le temps que je passerai à l’institution St Marie ou que je travaillerai sur cette institution à ne jamais interférer dans l’administration d’une punition quelle que soit la personne qui en bénéficie et quelle que soit sa sévérité. Je ne ferai aucun acte, je n’élèverai aucune protestation de nature à mettre en doute leur légitimité ou à empêcher leur administration. »
Sœur Marie Joseph reposa ses lunettes.
« Ce document, que vous avez signé, me semble clair. « quelle que soit la personne qui en bénéficie ». Cette formulation ne semble pas vous exclure du périmètre »
Je me préparais à objecter quand, levant la main, Sœur Marie Joseph m’interrompit.
« Les fessées que vous a administrées Sœur Gabrielle depuis quelques semaines ont bien montré qu’elles ont permis d’améliorer votre comportement. Dois-je faire venir Sœur Gabrielle pour écouter vos dénégations sur ce sujet ? »
Cette proposition n’ôta toute envie de contester le raisonnement de Sœur Marie Joseph qui continua son analyse juridique du document que j’avais signé.
« Il est clair pour tout le monde que vous avez bénéficié de ces punitions. Mais là n’est pas l’important. Si j’en crois la rumeur qui vous a précédé, vous avez contrevenu à la première partie de ce que vous avez signé. Vous avez interféré avec l’administration de votre propre punition, mais ça nous savons comment nous en occuper. Sœur Thérèse s’en charge. »
Je me rendais compte maintenant que la tournure utilisée pouvait être interprétée comme le faisait Sœur Marie Joseph.
« Examinons plutôt la deuxième partie : « Je ne ferai aucun acte, je n’élèverai aucune protestation de nature à mettre en doute leur légitimité ou à empêcher leur administration. » Mettriez-vous donc en cause la légitimité que nous avons à vous fesser ? »
Je ne savais pas comment répondre à la question.
« Laissez-moi vous expliquer les conséquences que pourrait avoir votre réponse. Mettons-nous dans l’hypothèse où vous contesteriez cette légitimité. Je me verrai dans l’obligation de considérer que vous avez manqué à vos engagements, puisque la première partie du document vous inclut, sans conteste possible, dans le périmètre des « personnes qui bénéficient des punitions ». Dans ce cas, je ne verrai qu’une solution : appliquer les règles de St Marie, c’est-à-dire vous en punir sévèrement, ce que je ferai sans délai. »
Cela avait le mérite de la clarté.
« Bien sûr, vous pourriez contester cette lecture devant un tribunal. Il faudrait alors que vous leur expliquiez les faits … y compris que vous décriviez les fessées que vous avez reçues. Délicat, non ? De plus, je ne suis pas certaine que la professeure Girard en serait ravie. De toute façon après vous avoir puni une première fois pour manquement aux obligations que vous avez contractées, nous appliquerions la deuxième hypothèse, celle où vous reconnaissez notre légitimité à vous corriger quand vous l’avez mérité. »
Sœur Marie Joseph allait trop vite pour moi. Je ne voyais pas de faille dans son raisonnement.
« Il faut vous prononcer maintenant. Elevez-vous une protestation mettant en doute notre légitimité à vous punir ? »
Je me sentais pris dans une nasse qui se refermait.
« Je, … je, .. je ne … attendez, … 
– Je vais prendre votre hésitation pour une absence d’accord. Je comprends donc que vous ne reconnaissez pas notre légitimité à vous corriger.
– Non, attendez, …
– Venez ici, mon garçon !
– Non, attendez. Je ne proteste pas, c’est que juste …
– Vous êtes donc d’accord pour considérer que désormais vous serez puni comme le sont les élèves de St Marie ? »
Je baissais la tête. Il ne me restait plus qu’à accepter ma défaite.
« Oui, ma Sœur.
– Oui, quoi ? »
Il me fallait boire le calice jusqu’à la lie.
– J’accepte d’être puni comme les élèves de St Marie. »
Sœur Marie Joseph se renversa dans son fauteuil.
« Nous y voilà ! Il en a fallu du temps ! Je comprends. Ce n’est pas facile d’accepter de recevoir la fessée, même si vous savez parfaitement Axel, que vous en avez grandement besoin. Vous verrez, vous nous en remercierez. »
Je reconnaissais là le credo de St Marie : la fessée, quand elle venait sanctionner un comportement répréhensible, était un bien pour celui qui le recevait.
« Il nous reste un point à éclaircir, mon petit Axel. Sœur Thérèse a-t-elle eut raison de vous fesser ? »
Sœur Marie Joseph déroulait là un grand classique de St Marie : pour que la punition soit efficace, il fallait de j’en accepte le bien-fondé. J’avais décrit cette méthode dans l’étude que je menais. S’y refuser menait tout droit à une nouvelle punition. Je n’avais pas le choix, sauf à prendre des risques avec mes fesses.
« Oui, ma Sœur. »
Tout était dit. Sœur Marie Joseph me renvoya vers Sœur Thérèse, muni du fameux livret.
« Ah, se ravisa Sœur Marie Joseph, il va falloir que je vous trouve un tuteur dès ce soir. Je n’avais prévu cela. Il faut que je m’en occupe. Il n’est pas question de déroger à l’adage de St Marie : une fessée à l’école, une fessée à la maison. Pour vous ce sera à l’internat, bien entendu. Filez, Sœur Thérèse vous attend. »

Sur la couverture du carnet figuraient le logo de St Marie. Mon nom y était tracé à la plume, avec des pleins et des déliés comme je n’en avais plus vu depuis que, à l’école primaire, le stylo-bille avait remplacé le porte-plume et l’encrier.
La première page était consacrée à mon identité. Y figuraient tous les renseignements me concernant : mon adresse et mon numéro de téléphone, mon âge et ma date de naissance, ma classe et le nom de mon professeur principal. J’appris à cette occasion, qu’il s’agissait de Sœur Thérèse. Le nom de mon tuteur avait été laissé en blanc.
Il y avait une double page par semaine d’école. Une place était réservée au relevé de mes notes. Serais-je noté comme mes autres camarades ? Il faudrait donc que je fasse les mêmes devoirs surveillés qu’eux. Il y avait une colonne réservée pour les appréciations des professeurs et une case pour la signature du tuteur.
Chaque semaine, toute une page était consacrée aux punitions : leur date, leur motif, leur nature. Chacune devait être contresignée par le tuteur. Le carnet prévoyait dix lignes. Dix fessées en une semaine ! Cela semblait irréaliste. Je songeais alors à Pauline et Antony et les dix autres élèves qui avaient reçu quinze fois la fessée en une semaine, et des plus sévères. Il n’y avait pas assez de place sur une page du carnet. Je fus un instant préoccupé par cet obstacle matériel, jugeant que les Sœurs devaient bien trouver une solution.
J’ouvris mon carnet à la page de la semaine. Dès que je l’aurai remis à Sœur Thérèse, les deux premières lignes seraient remplies. Qui sera chargé de les contresigner, probablement après m’avoir déculotté et fessé dès ce soir ? Heureusement, cela se passerait dans ma chambre. Il était fort probable que mes voisins en entendraient les échos, mais, si la curiosité de Mathilde ne la poussait pas à venir voir, personne n’y assisterait. C’était une petite consolation.

« Vous avez été bien long !
– C’est Sœur Marie Joseph qui m’a retenu.
– Elle vous a retenu ! Avez-vous eu le droit à une fessée ?
– Non, ma Sœur. »
Je pris garde à ne pas lui expliquer que j’en était passé à deux doigts.
« Montrez-moi votre carnet ! »
Elle l’ouvrit à la page de la semaine.
« Effectivement, pas de fessée de Sœur Marie Joseph. Elle serait notée. Je serai donc la première à l’étrenner. Allez vous mettre au coin, le temps que je le remplisse. »
Elle m’appela quelques instants plus tard.
« Voilà, c’est fait. Les deux fessées figurent maintenant sur votre carnet. J’ai également annoncé celle de demain afin que votre tuteur soit au courant. Qui est votre tuteur ? La case n’est pas remplie sur ton carnet.
– Je ne sais pas encore, ma Sœur. Sœur Marie Joseph m’a dit qu’elle se chargeait de m’en trouver un.
– Hum, je vois bien de qui il pourrait s’agir, mais je laisse la directrice s’en charger. C’est sa responsabilité. »
J’avais moi également une petite idée qui s’inscrirait dans la continuité. Sœur Gabrielle avait déjà plus ou moins assuré ce rôle.
« Vous me ramènerez votre carnet signé dès demain.
– Oui, ma Sœur.
– Je vérifierai également que vous avez bien fait vos devoirs et appris vos leçons. Vous êtes maintenant soumis au même régime que vos camarades. Vous savez ce qu’il en coûte si votre travail à la maison n’est pas bien fait ?
– Oui, ma Sœur.
– Ce sera pareil pour les devoirs surveillés. Toute note en-dessous de la moyenne sera sanctionnée par une fessée. Vous avez bien compris tout cela, j’espère. Je ne voudrais pas que vous soyez pris par surprise.
– Oui, ma Sœur.
– Ce que je vous dis-là est valable pour mes cours, mais également pour ceux de mes collègues. »
J’avais maintenant une réponse à certaines des questions que je me posais. Comme tous les élèves, l’exigence à mon égard se situait autant sur le comportement que sur le travail scolaire. Aurais-je un niveau suffisant dans toutes les matières ? Pas seulement celui que j’avais quand j’avais passé le baccalauréat, mais le plus haut niveau, celui qui était demandé à St Marie. Il me faudrait suivre en mathématiques, moi qui n’y avais jamais excellé. Pouvais vivre sur mes acquis qui remontaient maintenant à plus de dix ans. Une montagne de travail s’était érigée devant moi en quelques secondes.
« Faites bien attention à ce que vous faites ces premiers jours. Il est important que vous compreniez au plus vite toutes les règles de Sainte Marie. Nous serons donc très attentives à sanctionner tout ce qui pourra l’être : comportement, travail. D’autant plus que ce dernier mois, vous avez pris de mauvaises habitudes. Cela va vous valoir certainement un nombre important de fessées, mais j’ai confiance en vous : vous apprendrez vite. »
La sonnerie annonçant la reprise des cours retentit sur cette dernière phrase de recommandation. Sœur Thérèse assumait son rôle de professeur principal.
« Dépêche-toi de rejoindre ta classe. Si tu es en retard, Sœur Marie Véronique devra te donner une fessée. Je pense qu’avec l’état de tes fesses, tu n’y tiens pas.
– Non, ma Sœur. »
Elle me donna une petite fessée, comme pour m’encourager. Bien qu’elle ait été assénée sur le fond du pantalon, je fis une grimace. Rester assis toute la journée allait être une véritable épreuve.

J’eus l’impression d’être sous la surveillance attentive de chaque professeur. Je savais que le plus petit écart m’amènerait sur l’estrade, devant la classe pour une fessée. Je me concentrais comme je ne l’avais plus fait depuis longtemps pour suivre chacun des cours. Je fus interrogé deux fois sur les contenus récemment abordés. Les deux fois, je passais l’épreuve avec succès, non sans peur mais avec une certaine fierté. Aucun professeur ne trouva motif à me punir durant la journée.

Mon changement de statut fut confirmé aux yeux de tous dès le déjeuner. Il n’y avait pas de couvert mis à l’endroit où je m’installais habituellement. Sœur Marie Joseph me désigna du doigt les tables où déjeunaient les classes de terminales. Ma place n’était plus avec les professeurs, mais avec les élèves.


Pour suivre le fil de cette histoire :

Pour comprendre le contexte : introduction
Le premier épisode : chapitre 1
L'épisode précédent : chapitre 22
Le prochain épisode : chapitre 24.

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